Pour pas oublier Robert Redeker


Neuf mois après la publication d'un texte polémique qui lui a valu des menaces des islamistes, Robert Redeker se terre toujours dans un lieu tenu secret. Il raconte sa vie au jour le jour, faite de terreur diffuse et de clandestinité.

Robert Redeker, qui enseignait la philosophie dans un lycée de la banlieue de Toulouse, vit aujourd'hui comme un reclus. Auteur d'une tribune dans le Figaro en septembre 2006, intitulée Face aux intimidations islamistes, que doit faire le monde libre ? , il fait depuis l'objet de menaces de mort, lancées par des islamistes radicaux dans une fatwa qui circule toujours sur Internet. Ces menaces sont prises très au sérieux par les services de police, à tel point que Robert Redeker a été contraint de changer d'existence.

http://www.leparisien.fr/home/info/faitsdivers/art-icles.htm?articleid=276116970

Robert Redeker. Je suis passé de l'autre côté de la vie ordinaire. C'est une vie de réfugié politique dans mon propre pays. Cela m'oblige à être prudent dans mes déplacements, à habiter une maison dont personne ne connaît l'adresse, sauf quelques proches de la famille, à devenir méfiant, à intégrer tout un lot de contraintes. Je dois faire 40 km chaque jour pour retirer mon courrier qui arrive dans une boîte postale. Je ne peux pas rester dans une salle d'attente, chez le coiffeur ou chez le médecin. C'est une amie qui me coupe les cheveux. Plus douloureux, j'ai dû enterrer mon père comme un voleur, sans publier l'annonce de sa mort à la mairie. Et ma fille s'est mariée récemment sous surveillance policière.

La menace de mort dont je suis l'objet ne provient pas d'une seule personne. C'est un appel au meurtre général, diffusé sur Internet, toujours réactualisé. C'est littéralement du terrorisme : une terreur diffuse, qui peut frapper n'importe où, n'importe quand.

Regretter serait donner raison aux islamistes. Cela me rendrait encore plus méprisable à leurs yeux. Je ne pensais simplement pas que, dans le cadre des lois de la République, il pouvait m'arriver quelque chose de ce genre-là. En janvier, j'ai compris que je n'enseignerai plus.

J'ai dû déménager, acheter une nouvelle maison. Trouver des acheteurs pour la première résidence était difficile dès lors qu'ils apprenaient mon nom. Cela a multiplié les frais.

Seuls des esprits libres m'ont soutenu, hors de toute appartenance partisane.

Beaucoup de mes confrères ont eu peur de s'afficher comme soutien parce qu'il existe encore des tribunaux staliniens dans les salles des profs. L'un d'entre eux m'a même accusé d'avoir abusé de la liberté , c'est impossible à concevoir pour un philosophe ! Le syndicat d'enseignants Snes a tardé avant de publier un communiqué minimaliste sur son site Internet. Il y a aussi cet ami, cadre de l'Education nationale, qui m'a affirmé ne plus avouer qu'il me connaissait, de peur que cela ne nuise à sa carrière.

M'aurait-on accusé de racisme si j'avais attaqué le pape et les chrétiens ?

J'ai été président du comité de soutien départemental à Chevènement en 2002. Au début, j'étais issu de la gauche de la gauche, mais n'en suis plus depuis longtemps, surtout depuis qu'elle m'a notoirement lâché dans cette affaire.


28/06/2007
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